« Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté » (1 Jn 3, 2a). L’épître de saint Jean dit l’espérance chrétienne, l’espérance que nous célébrons à la Toussaint. En cette fête de tous les saints, nous célébrons les chrétiens qui nous ont précédés et qui sont, dès maintenant, auprès de Dieu. La lecture de l’Apocalypse ouvre et élargit notre coeur : « J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 9a). L’épître de saint Jean affirme donc que, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, fils et filles de Dieu ; et l’épître ajoute une précision importante : « mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ». Nous sommes donc, frères et soeurs, dans le temps de la foi et de l’espérance. Cela ne veut pas dire que cela n’est pas vrai, mais que cela ne s’est pas encore manifesté.
Ce temps de la Toussaint est pour les Seine-et-Marnais l’occasion d’aller se recueillir dans la chapelle des bienheureux René Boitier, René Rouzé et Maurice Rondeau qui leur est désormais dédiée à la cathédrale Saint-Étienne. Ils ont été béatifiés à Notre-Dame de Paris parmi 47 prêtres, religieux, séminaristes et fidèles laïcs morts en 1944 et 1945 en haine de la foi. Leur histoire n’appartient pas seulement au passé. Elle interroge notre présent : que sommes-nous prêts à défendre lorsque la dignité humaine est menacée ? Quelle place accordons-nous à la conscience, à la liberté et au respect de l’autre dans une société traversée par les tensions et les replis ?
À rebours des discours qui valorisent la domination, la compétition permanente ou l’indifférence, le Christ propose un autre chemin : celui de la solidarité, de la miséricorde et de la paix. Être heureux, dans cette perspective, ne signifie pas vivre à l’abri des difficultés, mais choisir ce qui fait grandir l’humanité, refuser de céder à la haine, défendre les plus fragiles et ne jamais considérer l’injustice comme une fatalité. Dans ce monde dur et complexe, le Christ nous appelle à choisir notre camp. Alors, choisissons le camp des pauvres, des petits, des oubliés et de tous ceux qui attendent davantage de fraternité. Devenons, chacun à notre mesure, des artisans de paix et de justice.
Dieu est Père et nous sommes ses enfants. Dieu le Père veut bâtir une humanité nouvelle construite sur Jésus, son Fils. « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »
+ Jean-Yves Nahmias
Évêque de Meaux