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La mémoire et l’espérance
Publié le 12/11

Cette semaine, nous sommes invités à la fois à faire mémoire de notre histoire et à demeurer dans l’espérance pour notre avenir.

Hier, mercredi 11 novembre 2020, en la fête de saint Martin, nous avons rendu hommage à tous les morts de notre pays qui se sont battus pour notre liberté.

Dans nos villes, nos villages, dans nos églises aussi parfois, des cérémonies en comité restreint se sont tenues, des intentions de prière pour la France ont également été portées lors des messes. Continuons à prier sans relâche pour notre pays.

Notre diocèse se souvient comment les soldats et les familles de Seine-et-Marne se sont appuyés sur la foi et l’espérance pour traverser les épreuves des deux guerres mondiales. Monseigneur Marbeau, évêque de Meaux durant la Grande Guerre, a su accompagner ses fidèles durant ces temps de peur et d’incertitude. C’est pour ne pas oublier comment les chrétiens de notre diocèse se sont mobilisés pour espérer dans l’épreuve et prier la Vierge Marie que nous avons commémoré durant 4 années la Grande Guerre et que nous prions pour la paix tous les 8 décembre, jour de la fête de l’Immaculée-Conception. Notre espérance trouve sa source dans la prière.

Aujourd’hui encore, nous sommes tous éprouvés et nous pouvons être inquiets. La crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales nous oblige à une forme d’obéissance douloureuse. Vous le savez maintenant depuis quelques jours, le Conseil d’État a rejeté la demande des évêques de France que les fidèles puissent assister aux messes durant ce second confinement et a demandé au gouvernement et aux évêques de dialoguer.

« Que chacun obéisse aux autorités », dit saint Paul (Rm 13, 1) : avec regret et conscient de l’effort spirituel qu’il demande, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France demande aux fidèles et aux prêtres de respecter cette décision. » Je m’associe pleinement à cette demande de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, président de la Conférence des Évêques de France. Cette demande est douloureuse pour vous, les fidèles, mais aussi pour nous les prêtres. Nos églises de Seine-et-Marne, dont un bon nombre restent ouvertes, demeurent des lieux de recueillement, de consolation et d’espérance.

Charles Péguy, mort pour la France en Seine-et-Marne en 1914, nous invite à méditer sur l’espérance qui nourrit la foi :

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance.

La foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres.

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus.

La foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce.

La foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance.

Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

Source : Charles Péguy, Le porche du Mystère de la deuxième vertu, Nouvelle Revue française, 1916, p 251.

Bien fraternellement,

+ Jean-Yves Nahmias
Évêque de Meaux