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Il y a des lieux que l’on quitte pour se guérir, d’autres que l’on ouvre pour se découvrir.
Publié le 12/03

Lourdes, c’est un temps où l’on est transporté – parenthèse de vie où l’on prend une respiration. Dans ce monde où tout va très, trop vite, où l’on se heurte en permanence à toutes sortes de violences, se réfugier dans un havre de paix, d’unité et d’amour, ne serait-ce que pour quelques jours, c’est forcément révélateur. C’est ouvrir les yeux et le cœur sur sa propre intimité et apprécier la douceur d’un temps de partage et d’écoute, de bonté et de beauté, de générosité, d’empathie et d’amitié.
Lourdes, c’est un temps de prières et de fines confidences entre soi et Dieu ; c’est un temps où l’on prend conscience que ce qui importe, en fait, n’est pas ce que l’on possède mais ce que l’on donne : un sourire, une main tendue, une oreille attentive.
Lourdes, c’est la langue du cœur.
Ce qui me mène à Lourdes aujourd’hui, c’est un cadeau. A Noël 2018, maman m’offre Ma vie est un miracle, de Bernadette Moriau. Ce livre raconte le témoignage de la dernière miraculée de Lourdes. Je lis. Je suis bouleversée. Je me dis que dans ce burn-out que je subis depuis 2015, enfin apparaît une lumière. Ne jamais désespérer, écrit-elle en sous-titre.
Je rembobine alors les trois dernières années de ma vie et je cherche une réponse à cette rupture de vie qui a jailli brusquement pour me mener au bord du gouffre où aucun espoir, aucune lueur ne m’apparaissaient.
Et puis arrive ce livre. J’entends alors quelque chose en moi qui me dit qu’il faut que j’aille à Lourdes, qu’il n’y a plus de pourquoi à demander mais un merci à adresser.
Merci de m’avoir gardée en vie alors que de mes trente-cinq kilos, ma vie était en danger. Quand on est anorexique, il n’y a que deux choix : se laisser lentement glisser vers la transparence ou se battre, s’accrocher.
Je décide donc de me rendre à Lourdes mais pas en touriste. J’ai conscience que, ne serait-ce que l’année précédente, j’aurais pu partir en tant que malade, que ce serait moi dans une voiturette, ce serait moi qui serais soignée, nourrie, portée mais grâce à Dieu, je suis debout. Alors, je veux être utile et, malgré mes fragilités encore présentes, je veux aider, aimer, donner ce que mes proches m’ont patiemment apportées durant ma longue convalescence. Je demande à maman si elle veut bien m’accompagner.
Ainsi débutent mes premiers pas à Lourdes. Au départ, je suis déstabilisée. J’ai un doute. Je ne sais pas si je vais être à la hauteur. Je panique un peu. Mais tout cela disparaît très vite grâce à l’attention, la gentillesse, la préciosité des autres bénévoles qui m’entourent et des malades dont il faut s’occuper, qu’il faut rassurer, écouter.
Quelle leçon de vie ! quelle leçon d’humilité !
Soudain, je suis submergée par la charge émotionnelle que je perçois. Je ne suis pas habituée aux personnes malades. Comme beaucoup, je suis gênée à la vue d’une personne handicapée. Et puis, assez rapidement, je m’aperçois que nous ne sommes pas si différents finalement. J’écoute les histoires et les parcours de vie de ceux qui veulent bien raconter. Je me rends compte que ces personnes vivent, elles aussi, des rêves, des joies, des projets, des espoirs.
Au-delà de l’empathie que j’éprouve, je me prends d’affection. Je me plais à partager une cigarette avec Marie, je suis émue par la venue de Denis au son de son harmonica et des quelques poèmes qu’il m’écrit certains jours, je prends plaisir à entendre le chemin de chacun. Je m’oublie dedans. Je ne pense plus à moi. Je comprends qu’on a tout à se donner, que chacun apporte à l’autre un petit plus qui rendra sa journée meilleure.
Depuis l’enfance, je suis croyante, même si je ne suis pas pratiquante. Aussi, au début, lorsque j’accompagne les malades aux différentes célébrations, je suis autant troublée, émue que satisfaite. Je demeure à l’écart par respect. La ferveur à Lourdes est saisissante. Je me dis alors que toutes ces prières d’amour qui montent au ciel, c’est forcement pour accrocher de la lumière au monde violent qui nous cerne. C’est beau et réconfortant de prier ainsi dans l’unité et le silence. Ainsi, là à Lourdes, je suis en paix.
Je suis entourée de sourires, d’attentions et de gestes particuliers. Je donne autant que je reçois. Et je pense que s’il y a un lieu où il faut aller, c’est bien celui-là, dans un temps où l’on s’arrête pour enfin se découvrir. Je ne résiste plus. J’accepte de me laisser guidée. Je vais aux bains, à la grotte. Je me sens différente.
Le retour à Paris est un peu brutal. C’est toujours difficile de quitter un univers qui nous a abreuvés, enrichis, changés, pour retrouver son ordinaire, sa solitude parfois pesante et le monde qui continue à tourner très, trop vite.
Fort heureusement demeurent la nourriture, l’amitié, la foi, la prière qui, au cours du pèlerinage, nous ont comblés et nous autorisent toute espérance. Chaque jour, j’ai une pensée pour chacun, pour chaque regard, chaque sourire, chaque émotion qui inévitablement, vitalement m’aident à demeurer dans ce que j’appelle mon petit bout de Lourdes et me permettent de garder confiance et croyance, d’adresser des prières à l’attention de chacun et de souhaiter être au milieu de tous l’année prochaine, à Lourdes, avec maman !
A vous, très chers, affectueusement, amicalement, en prières. Isabelle